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Le bondage, connaissez-vous cette pratique sexuelle ?

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Relations / Sexualité

Le bondage, connaissez-vous cette pratique sexuelle ?

Le bondage… Avez-vous déjà pensé à vous faire attacher par votre amoureux ? Avez-vous déjà fantasmé à l’idée d’être incapable de bouger ?

Le bondage est devenu une pratique sexuelle ou artistique qui peut parfois raviver la flamme d’un couple. Rebutant pour certains, excitant pour d’autres, mais de quoi s’agit-il exactement ?

Entretien avec Magali Croset-Calisto, sexologue et psychologue spécialiste des addictions, auteure de plusieurs ouvrages, notamment Théorie érotique des cordes et de l’attachement sur le thème du bondage.

Qu’est-ce que le bondage ?

Le bondage est une pratique qui relève du BDSM (Bondage, Discipline, Domination, Soumission, Sado-Masochisme), d’un ligotage du corps de son partenaire au moyen de cordes.

C’est une pratique qui demande beaucoup de dextérité et de sécurité car les cordes viennent appuyer sur des points bien spécifiques du corps. Elles peuvent provoquer des états d’extase appelés subspaces.

Le subspace correspond à un état de jouissance dégénitalisée, c’est outre la sexualité. Pas besoin de stimulation clitoridienne ni de pénétration.

Les subspaces possèdent les mêmes manifestations qu’un orgasme.

On trouve différents stades de l’orgasme selon William Master et Virginia Johnson, deux pionniers en matière de sexologie qui ont réalisé leurs premières études dans les années 60.

Les 4 phases de l’orgasme sur le cycle sexuel 

  • La phase d’excitation (gonflement des mamelons, rougeurs sur le corps, lèvres qui gonflent, parties génitales qui gonflent).
  • La phase de plateau où l’excitation commence à se déployer, c’est juste avant l’orgasme.
  • La phase de l’orgasme avec la jouissance, l’acmé du plaisir.
  • La phase de résolution où le corps se relâche, le lâcher-prise, la détente.

Pour en revenir à la définition du bondage, c’est une pratique qui libère l’imaginaire et le corps à travers une constriction, le ficelage ou l’encordage. Elle peut mener à une jouissance, c’est là où l’on retrouve le sado-masochisme. C’est assez paradoxal. D’un point de vue analytique, c’est intéressant, on en arrive à l’éros.

Freud disait que le corps est une zone érogène tout entier, il parlait de l’étayage de la pulsion sexuelle. C’est exactement ce qu’on retrouve dans la pulsion sexuelle, ça veut dire qu’on va délaisser les caractères sexuels primaires, c’est-à-dire la vulve, le vagin, le pénis au profit d’une érotisation des caractères sexuels secondaires. C’est le torse, les seins, les pieds, les chevilles.

Qu’est-ce que la technique du bondage ?

La technique du bondage, ce sont des points de compression sur le corps faits par les cordes, le but recherché est la jouissance ou l’esthétisme. Aujourd’hui, l’esthétisme a pris le pas sur la jouissance.

Le bondage apparaît comme un jeu à l’intérieur duquel les adultes vont mettre en scène leurs fantaisies érotiques dans un cadre SM. Ou comme je le disais, dans un cadre esthétique, à travers la photographie, la peinture…Comme il y a 2 ans par exemple, pendant la fashion week, c’était une performance artistique.

Quelle est l’origine du bondage ?

C’est très ancien, cela vient de l’époque Edo au Japon, qui correspond à notre Moyen-Age qui date du 13 au 15ème siècle.

Durant cette époque, le bondage était clairement une technique de torture, de supplice auprès des malfrats exposés sur la place publique.

Petit à petit, on a observé un changement car ces suppliciés avaient des manifestations érotiques, de l’excitation pendant leur torture. Elle a été arrêtée pour ces raisons. Au fur et à mesure de l’histoire, c’est devenu une pratique érotique au Japon, puis en Occident. Notamment dans les maisons closes à Paris. C’était la grande mode japonisante, au niveau du mobilier, de l’art du thé et également du bondage au 19ème siècle.

Avez-vous une autre théorie sur le bondage ?

Oui, je suis allée chercher plus loin. Alors oui, il y a la jouissance, l’esthétisme… Mais pourquoi les gens ont-ils envie d’être bondés ?

On voit qu’en fait le bondage devient un langage, c’est ma théorie. Le bondage questionne sur la recherche des liens perdus. On écrit de moins en moins, on communique à distance, on vit dans un monde sans fil.

Selon moi, le bondage c’est l’art des liens dans un monde sans fil.

Ca va même plus loin, cela joue avec les mots, les cordes deviennent des métaphores, des cordes vocales pour créer un contact avec autrui !

On se retrouve érotiquement grâce au bondage. Finalement, on peut dire que c’est le point zéro du langage, ça relie les êtres entre eux, là où on n’a plus de lien.

Je paraphrase Lacan qui disait que le bondage est structuré comme un langage.

Est-ce une pratique courante ?

Non, mais depuis 5 ans, ça a changé, depuis les films et les livres 50 nuances de Grey, on ne voit que ça. Ca s’est démocratisé. Deux écoles ont ouvert à Paris et on trouve des stages partout en France, ça a permis aux individus d’apprendre.

10% de la population a eu des pratiques BDSM.

Cela attise le public, on le retrouve sur les enseignes, les clips vidéos, les boutiques. Ca a démocratisé la pratique.

Quelles sont les règles du bondage ?

La règle du BDSM c’est SSC (sécuritaire, sain et consenti).

Attention, j’insiste toujours et surtout sur la sécurité, ça ne s’invente pas. Des compressions sur des points sensibles peuvent provoquer des choses graves.

Une des techniques de base est de toujours doubler l’encordage et laisser des espaces entre les cordes, avoir des ciseaux, cela reste une pratique SM.

Le mot de passe est très important ! Il mettra fin à toute pratique, c’est obligatoire !

Entre les partenaires, il faut qu’il y ait ces règles-là ! Il faut également un bon matériel.

Y a-t-il des étapes clés ?

La première étape, c’est de se poser la question, à savoir qui est l’encordeur ou l’encordé. Les puristes du bondage ne switchent pas. Aujourd’hui, ça change un peu.

Après, ce sont des pratiques au sol dans un premier temps et si c’est bien maîtrisé, des suspensions peuvent s’ajouter. Cela demande un certain type de matériel. Il y a plusieurs sortes de cordes, en coton, en jute, en chanvre et en fonction du plaisir recherché, on choisit ce type de corde.

Dans certaines performances, c’est le rôle du public qui peut être important. Y a-t-il du public ou pas ? Pour la personne attachée, le fait d’être exposée donne une triangulation qui peut augmenter son plaisir ou le freiner. J’appelle cela l’extimité. Elle a été décrite par Serge Tisseron, c’est l’intime ou l’intimité qui s’expose au regard.

Là, il y a un plaisir psychologique qui arrive chez l’encordé. L’exposition consciente et esthétique du corps vient renforcer son propre narcissisme. En thérapie, j’ai vu des personnes faisant du bondage pour avoir une meilleure estime d’elle.

Car c’est sentir le désir dans le regard des autres qui est valorisant pour soi-même. Les personnes qui viennent assister à la performance renforcent leur narcissisme, une certaine satisfaction personnelle à s’exposer. Comme un effet miroir. Le corps devient objet d’art, on renoue avec soi-même.

Est-ce un fantasme caché ?

Oui, le fait d’attacher est un fantasme récurrent dans les couples, attacher ou être attaché, pimente la vie de certains couples.

On ose passer à ce fantasme via un film ou des images.

50 nuances de Grey a été un déclencheur où on a osé ! Il y  avait aussi le film L’Empire des Sens, mais c’était encore tabou à cette période.

Le bondage était très en lien aussi avec la pornographie japonaise, c’était connu grâce à ça. Aujourd’hui ça l’est grâce à l’art, c’est nouveau.

Sommes-nous pervers si on apprécie le bondage ?

Cela peut faire partie de ce qu’on nomme les paraphilies, qui correspondent à l’exhibitionnisme. Cela correspond à d’anciennes perversions.

Comment en arrive-t-on là ?

Quand une personne n’a plus d’autres pratiques ou désirs en dehors du bondage, cela peut mener à la perversion. L’obsession peut mener à la perversion. Si on ne pense qu’à ça, oui !

Il y a aussi le fait de prendre l’autre pour un objet et rien d’autre. Or là, la confiance est primordiale.

C’est lorsqu’il y a une coupure avec l’autre, qui est un objet, pour assouvir ses propres fantasmes.

Qu’est-ce que la soumission ?

La soumission, c’est s’en remettre totalement à un tiers, s’oublier soi-même et s’en remettre à quelqu’un d’autre. C’est donner à l’autre tout pouvoir sur soi.

Beaucoup de personnes qui ont de grands pouvoirs dans notre société vont vers des pratiques de soumission car elles correspondent à un lâcher-prise total. Elles sont prises en charges totalement par quelqu’un d’autre.

D’un point de vue psychanalytique, la soumission renvoie à un état fœtal où l’univers et le monde décident de tout, ont tout pouvoir. C’est une régression vers un stade fœtal.

Dans les cordes, c’est ce qui se passe. Les cordes enveloppent et soutiennent l’être et l’individu comme une mère le fait avec son bébé.

L’abandon est possible, quand il est bien vécu !

Qu’est-ce que la domination ?

La domination, c’est prendre tout pouvoir sur autrui et décider de la vie d’autrui, et de petite mort sur autrui.

D’un point de vue psychanalytique, on va avoir un renforcement narcissique. C’est une augmentation de ses pouvoirs. Elle vise l’omnipotence, « je deviens Dieu ». C’est extrêmement valorisant d’un point de vue narcissique, « j’ai le pouvoir de contrôler les autres. Et les autres s’en remettent à moi ».

Souvent, les plus grands timides vont vers la domination, les jeux de rôle leur permettent d’être différents.

Le pouvoir politique est en lien avec ces jeux de rôle.

Les personnes qui doutent d’elles-mêmes vont s’affranchir de leurs doutes et de leurs peurs, ce qui est paradoxal.

Existe-t-il des tutos si nous sommes néophytes en bondage ?

Oui, je vous renvoie à un grand maître du Kinbaku (technique d’encordage), il s’appelle Alex Bakuchi. Il a monté ses propres tutos, a écrit un livre.

Il est incontournable en France.

Est-ce une curiosité malsaine ?

Non, cela fait partie des fantasmes et ça dépend comment c’est déployé, est-ce que le reste de ma vie fonctionne ?

Comment le proposer à notre partenaire ?

Je conseille toujours de regarder des vidéos, de voir des films dédiés à ça avant, et se familiariser pour savoir où on met les pieds.

La règle d’or : ne jamais se forcer !!!! Si on n’aime pas, on en reste là !

Cela peut choquer, c’est normal car ce n’est pas une pratique courante. C’est la communication qui va permettre de comprendre les désirs qui sont en jeu dans la demande. Soit c’est compris ou accepté et une formation peut se faire, soit on laisse tomber.

Il y a souvent un temps de réflexion.

A quel âge cette pratique du bondage est-elle plus intéressante ?

Pour les suspensions, mieux vaut être souple mais si vous êtes en forme, il n’y a pas d’âge.

Est-ce que la pratique du bondage peut réveiller un couple après 20 ans de vie commune ?

Oui, j’ai des exemples assez évidents, ça fonctionne, comme tous fantasmes partagés.

Ca peut réveiller un couple car cette pratique est basée sur la confiance, et là, le grand critère, c’est la nouveauté, car elle réveille !
La nouveauté est préconisée pour réveiller sa libido. Cela déclenche une découverte de soi-même et de l’autre, c’est un terrain de jeu inconnu pour les 2 ou un des 2 !

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