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Grossophobie : la discrimination XXL qui nous fait du mal

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Grossophobie : la discrimination XXL qui nous fait du mal

En 2018, le mot grossophobie est entré dans le dictionnaire : « attitude de stigmatisation, de discrimination envers les personnes obèses ou en surpoids« . Selon une étude Odexa, près d’une jeune femme sur deux (47 %) souffre de discriminations quotidiennes liées à son poids.

Dans une société comme la nôtre, remplie d’injonctions permanentes à être mince, être grossophobe concerne tout le monde, ou presque. Nous sommes devenus grossophobes et nous souffrons de grossophobie.

Analyse de Catherine Grangeard, psychanalyste. Depuis plus de vingt-cinq ans, elle reçoit des patients obèses, dans l’autodénigrement et la culpabilité. Elle est aussi la co-auteure d’un livre sur le sujet,  » la femme qui voit de l’autre côté du miroir ».

En cette journée internationale de l’obésité, Catherine Grangeard remet les pendules à l’heure.

Pourquoi parler justement de grossophobie en cette journée européenne de l’obésité ?

Parce que la grossophobie est l’autre face de l’obésité. A 45 ans, on a fait le tour des régimes, des questions de tour de taille et d’IMC mais est-on pour autant sortie de la grossophobie ? On sait que se moquer des « gros », c’est blessant et on ignore jusqu’où ça ira. Bien sûr, on est au courant que le mot est une réalité pour certaines femmes qui galèrent avec les discriminations. La grossophobie repose sur des préjugés et répand insidieusement que c’est parce que l’on est faible que l’on est gros.

Gros comme un gros mot que l’on ne prononce pas, un peu comme vieille…

La grossophobie peut se muer en un cercle vicieux infernal : perte d’estime de soi, repli, isolement, compensation (en mangeant), manque d’activité et… prise de poids.

« C’est difficile de diverger des normes. Soit vous êtes suffisamment solide pour les dénoncer et affirmer vos différences, soit vous n’avez pas confiance en vous, et vous vous reprochez de ne pas correspondre à ce que les autres attendent. Vous vous sentez alors incapable, minable. » 

Catherine Grangeard

A 45 ans, est-on enfin sorti de la grossophobie vis-à-vis de soi ?

Le pire, c’est ça. A traquer les kilos pour soi comme la pire calamité, l’attitude grossophobe s’est insinuée en soi. C’est pourquoi déloger cette attitude est si complexe. Si on ne haïssait pas les kilos de trop, rien ne pourrait avoir lieu. Le parallèle avec les marques du temps est très pertinent. « Anti-capitons » et « anti-âge », même combat ! Socialement, il est clairement partagé que le modèle de beauté est jeune, mince, svelte, tonique… Ainsi les personnes s’observent, s’auscultent et complexent ! D’ailleurs, le monde médical y participe largement. A la fois parce que les valeurs d’une société transpirent sur ses membres qui les intègrent sans y réfléchir et profèrent parfois des messages insupportables et parce que les personnes sont hypersensibles à tout ce qui est discriminant. Tous les témoignages concordent. Pourtant rondeurs n’est pas un synonyme de maladie !

Pour s’en dégager, il est nécessaire de prendre un peu de recul

Pourquoi cette terreur d’aller à la plage et montrer quelques bourrelets ? Pourquoi un tel marronnier de printemps dans la presse féminine pour perdre ces kilos de trop et se préparer un corps de rêve pour profiter des vagues et du soleil ? Le Body beach (c’est-à-dire se préparer pour se mettre en maillot de bain), c’est grossophobe ! Alors on comprend qu’avec ce sentiment interne tout le monde intègre que c’est mal d’être en excès de poids. Les enfants dès la cour de récré sont particulièrement cruels entre eux quand certains dérogent aux règles du groupe. Et il reste en nous quelque chose de l’enfant à tout âge… 

« Entendez-vous dans grossophobie, le mot phobie ? »

Grossophobie : vous pouvez nous en dire plus ?

La phobie c’est la peur, une immense peur, une angoisse paralysante parfois. On a peur de devenir gros. C’est un cauchemar pour certaines personnes, qu’elles soient minces ou pas. Avec l’âge, on prédit aux femmes une prise de poids liée à la ménopause. C’est donc un âge où il est recommandé de « faire attention ». Vous comprenez pourquoi c’est un âge critique à cet égard ? Toujours et partout les femmes ont à « faire attention » et le conditionnement est très fort car il cumule le social, l’intime et le médical ! 

Il y aurait donc une flambée phobique du gras vers 45 ans ?

Cette grossophobie participe à l’éventuelle prise de poids ! Nous le savons, les régimes font tous prendre du poids. Aussi, l’injonction paradoxale de « faire attention » a pour effet de suivre des régimes pour beaucoup. Et, à terme, la prophétie se réalisera !

L’intérêt des Journées Internationales est de réfléchir précisément à un sujet. 

La grossophobie nous concerne toutes. 

Même celles qui sont très respectueuses d’autrui et éviteraient tout commentaire désagréable ou de regarder le caddie au supermarché de personnes en obésité avec un air réprobateur qui en dit long, silencieusement…

Aussi, celles qui savent et admettent que l’on a tous et toutes une morphologie qui est à la fois innée et acquise ou qui expliquent à leurs enfants que l’on doit bien manger pour la santé et éviter de grossir…

Même les non-obsédées de la balance et des baskets et celles qui sont bien dans leur peau, nous avons un point aveugle. Ce point aveugle se traduit dans les mots « GROS débile », ou « GROSSE vache », c’est pas très tendre ! L’adjectif qualifie au travers d’insultes et on l’enregistre inconsciemment. Et ce dès l’enfance… C’est comme les araignées, les Gros ont mauvaise réputation !

On peut y remédier ?

Oui et non (éclats de rire)… Complètement, pas forcément mais c’est comme tout, dès qu’on prend conscience de quelque chose on s’en distancie. Aussi, commencer par considérer sa propre grossophobie, par rapport à soi-même et ses proches, c’est un bon début. Ensuite, le mal que ça fait… Est-ce justifié de souffrir pour ce que l’on est, avant même d’avoir fait quoique ce soit ? Ça nous rappelle le racisme, l’antisémitisme, le sexisme, non ? Du coup, c’est beaucoup moins anodin.

La prochaine fois qu’une mauvaise blague ou remarque condescendante seront faites autour de nous, on peut réagir. On peut ! Et ça fait du bien à tout le monde. Voilà comment les choses changent.

Savez-vous que 10 % d’une population suffit pour changer la norme sociale et entraîner la majorité silencieuse ?  10 %, c’est le tipping  point anglo-saxon, le « point de bascule » en bon français. 10 %, ce n’est pas énorme…

Dès 45 ans, à écouter l’industrie cosmétique, les femmes sont vieilles. Ces conceptions sont obsolètes et machistes. On a besoin de nouveaux logiciels. Les mots ont leur importance, n’est-ce pas Mesdames ?

Sur le thème du body shaming, notre article https://www.konenki.fr/complexes-mettre-fin-au-body-shaming-et-aimer-son-corps/