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Les comédies romantiques nous ont-elles flingué ?

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Les comédies romantiques nous ont-elles flingué ?

La consommation et les audiences des comédies romantiques ont explosé cette année. Un besoin de douceur dans ce monde de brutes sûrement. Mais qu’est ce qui nous rend aussi addict à ces productions un peu guimauves ? Est-il nécessaire pour notre santé morale de revoir inlassablement Hugh Grant dans sa librairie, Tom Hanks désespéré à Seattle et le déhanché de Patrick Swayze ? La Girlpower Attitude est-elle compatible avec ces histoires d’amour à tout prix ?

Réponse avec la seule spécialiste francophone sur le sujet, Tonie Behar, romancière et rédactrice en chef de comedieromantique.com, un site dédié à la comédie romantique sous toutes ses formes : romans, films et séries. Passionnée par son sujet, elle développe aujourd’hui le site  avec une nouvelle équipe de super chroniqueuses, romancières à succès et influenceuses littéraires qui vont y partager leurs coups de cœurs. Tonie a publié six romans. Le dernier, « La chanson du Rayon de lune » vient de paraître aux Editions Charleston.

http://comedieromantique.com 

Tonie, les comédies romantiques nous ont-elles flingué, nous les femmes ? 

En tant que féministe ET fan de comédies romantiques, je peux répondre que non. Mais avant cela, je précise que je comprends très bien ce qu’on peut leur reprocher ! Tout d’abord, une comédie romantique est par définition « une histoire d’amour qui finit bien ». Cela implique que la quête du personnage principal est la recherche de l’amour. Ce qui sous-entend que sans partenaire amoureux, la vie n’est pas digne d’être vécue. Un message que beaucoup de féministes rejettent car il « flingue » en deux heures des dizaines d’années de lutte pour l’indépendance émotionnelle et financière des femmes !

Deuxièmement, selon les clichés de la comédie romantique, le couple (blanc) idéal est toujours une femme plus jeune et moins favorisée qui rencontre un homme plus âgé et plus riche… Un truc énervant qui remonte au temps des mariages arrangés et qu’on ne retrouve plus très souvent aujourd’hui.

Enfin, ce qu’on reproche surtout à la comédie romantique, c’est qu’elle nous vend du rêve. Ces belles histoires d’amour qui finissent bien ne ressemblent pas à la vraie vie, et ce n’est pas demain matin que Hugh Grant ou Jude Law vont tomber amoureux de nous. 

Ceci étant posé, je peux me faire un plaisir de démonter ces arguments point par point !

Evidemment que l’amour n’est pas l’unique quête de notre vie. Il faut bien garder en tête que ce n’est pas en trouvant l’amour qu’on va s’accomplir en tant qu’être humain. Mais, comme disait Jean Gabin (à qui on ne peut pas reprocher ses excès de romantisme), « Le jour où quelqu’un vous aime, il fait très beau ». Qui peut nier qu’avoir un partenaire avec qui partager ses petits et ses grands moments met du soleil dans l’existence ? 

Certes, les clichés existent comme dans tous les genres littéraires ou cinématographiques. Mais de nombreuses comédies romantiques se font une joie de les démonter et de nous offrir des points de vue féministes, drôles et novateurs. La comédie romantique est avant tout le reflet de son époque et un très bon indicateur de l’évolution des rapports amoureux. 

Je crois profondément que la fiction a le pouvoir d’influencer la réalité. En s’identifiant à des héroïnes de comédies romantiques, on s’offre un shoot d’ondes très positives qui va nous faire croire que les choses merveilleuses comme l’amour peuvent arriver. Et vous savez quoi ? Bonne nouvelle, elles arrivent ! 

Pour moi, c’est plutôt notre faculté à s’empêcher de croire au bonheur et à l’amour, qui peut nous flinguer ! 

Qu’est-ce qui nous rend si « addict » ?

Le principe d’une comédie romantique est simple : deux personnes vont se rencontrer, et après bien des obstacles et des péripéties, reconnaître leurs sentiments et s’engager dans une relation amoureuse.

Ce qui est important, ce sont donc les obstacles que les héros rencontrent sur leur chemin. Une comédie romantique, c’est presque toujours un parcours initiatique. Si on regarde bien, on découvre que les personnages doivent souvent résoudre des problématiques personnelles, faire la paix avec leur passé, définir ce qui compte vraiment pour eux, prendre des décisions, peut-être même renoncer à des choses qu’ils pensaient essentielles, et surtout apprendre à s’aimer eux-mêmes, avant de pouvoir, à la fin, s’engager avec quelqu’un d’autre. En cela, ces comédies peuvent être très inspirantes. 

Pourquoi s’attache-t-on tant à l’héroïne ?

Soyons claires, on ne s’attache pas à toutes les héroïnes de comédie romantique, on s’attache aux héroïnes inoubliables ! Elles sont comme une catharsis. On peut détester une héroïne, elle peut nous agacer, nous énerver, nous ressembler, nous rassurer (quand on se trouve plus maline qu’elle), nous faire rire, nous attendrir, nous bluffer, nous inspirer…. Mais à la fin, il faut qu’un petit sourire de contentement apparaisse sur notre visage. Ce sourire niais, c’est le signe que le film (ou le roman) est réussi !

Les comédies romantiques ne datent pas des années 80 ? 

Oh que non ! La comédie romantique est née avec l’invention du théâtre, peut-être même avant ! On la retrouve dans la mythologie, dans les farces du moyen-âge, chez Molière, Shakespeare, Marivaux, Beaumarchais, Jane Austen, Colette, Guitry… Au cinéma, elle est présente dès les premiers films muets. 

Tout le sujet des comédies romantiques tournait alors autour du mariage, et surtout le rêve du mariage d’amour…. Chose qui n’arrivait pas souvent ! Pour les femmes, le mariage, puis la maternité, ont longtemps été synonymes de sécurité et d’accomplissement ultime. Les comédies romantiques étaient alors un genre hollywoodien à succès avec des actrices comme Carole Lombard, Katharine Hepburn, Doris Day, Marylin Monroe, Audrey Hepburn… 

Au moment de la révolution sexuelle, dans les années 70, le genre est devenu complètement ringard. Les héroïnes qui cherchent à se marier, ça ne collait pas avec les valeurs de la libération de la femme. Après un grand passage à vide, la comédie romantique est revenue en force sur les écrans dans les années 80, avec « Quand Harry rencontre Sally », le film post-libération sexuelle qui s’interrogeait sur les rapports hommes/femmes après la grande redistribution des cartes. 

Dans les années 2000, elle a encore connu un renouveau, grâce à la littérature et des héroïnes comme Bridget Jones ou Carry Bradshow qui avaient d’abord connu le succès sur papier avant de se transformer en carton du box-office. 

Aujourd’hui, les comédies romantiques sont le reflet de toutes les évolutions et réflexions de la pensée féministe. Je trouve cela passionnant.  

La comédie romantique qui incarne le plus le genre pour vous ?

La plus élégante, bouleversante, mythique : Elle et lui, de Leo McCarey  avec Deborah Kerr et Cary Grant (qui a inspiré le jeune héros de Nuits blanches à Seattle pour fixer le rendez-vous amoureux de son père au sommet de l’Empire State Building).

Ma comédie romantique préférée de tous les temps : Vous avez un message, de Nora Ephron avec Meg Ryan et Tom Hanks.

La plus française : L’arnaqueur, avec Romain Duris et Vanessa Paradis.

Celle que j’aime regarder avec ma sœur, mes filles, mes nièces et mes copines : Comme t’y es belle, de Liza Azuelos.

Mon amour infini : Bridget Jones.

La plus féérique : Lalaland.

Voici ma sélection de films récents qui illustre la richesse, l’intelligence et la beauté d’un genre qui se renouvelle sans cesse et n’a jamais fini de nous faire rêver…

Mon Inconnue, d’Hugo Gélin avec François Civil et Joséphine Japy.

Je ne suis pas un homme facile, d’Eléonore Pourriat avec Vincent Elbaz et Marie-Sophie Ferdane.

Palm Spring, de Max Barbakow avec Andy Samberg et Cristin Milioti.

Séduis-moi si tu peux, de Jonathan Levine avec Charlize Theron et Seth Rogen.

Been So Long, de Tinge Krishnan avec Michaela Coel et Arinzé Kene.